SLANG - Le Jazz et après ?
Utiliser le jazz comme un moyen et non comme une fin en soi : de l'Américano-Liégeois Garrett LIST aux groupes SLANG, GREETINGS FROM MERCURY et Sunzoo Manley, une musique à tête chercheuse secoue le monde belge.
La conversation avec LIST dévie sur un groupe du moment qui l'impressionne : SLANG.
Leur album Los Locos, produit avec peu de moyens, est sorti chez Carbon 7, un label bruxellois qui se consacre beaucoup aux "autres musiques". La compagnie, installée dans une superbe maison décrépite de Schaerbeek, a en catalogue une floppée de disques d'AKA MOON, plusieurs List (dont le magnifique The Voyage), et puis ce SLANG, qui brasse le jazz sans en avoir l'air.
Peut-être à cause de ses sonorités cuivrées réminiscentes du grand saxophoniste américain, le boss de Carbon 7, Guy Segers, a baptisé SLANG "groupe ethno-coltranien".
Une manière poivrée de rappeler que la maîtrise du ryhtme n'entrave en rien le jeu libertaire.
"L'idée de SLANG était de travailler une sonorité brute, de jouer de nos influences jazz ou fusion, mais de pouvoir ouvrir les portes, d'être aussi barge qu'on le désire" :
François Garny a longtemps été bassiste d'Arno, mais trouve aujourd'hui son plaisir dans ce trio formé avec le percussionniste Michel Seba et le sax-flûtiste Manuel Hermia.
En scène, surtout, SLANG réchauffe les artères, avale les rythmes ou s'échappe dans des sonorités orientales magiques (3 of Us).
La plage titulaire de Los Locos attaque sec un virage funky qui se perd - non, se vautre, s'enroule - dans les saillies du rock. Il y a autant de cogne que de sensualité dans ce magma très écrit, traversé d'épices jazzy.
L'"impureté" de la démarche en fait la saveur et SLANG attire des (jeunes) spectateurs qui ignorent tout du bop, des voitures de Miles Davis ou des rhumatismes de Charlie Parker.
Belgique - LE VIF / L'EXPRESS - Philippe CORNET
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